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La situation en 1914 et les plans d'opérations

 
La situation européenne en 1914
 
En 1914, avant la guerre, les principales puissances européennes sont groupées en deux blocs. D'un côté la Triplice (Allemagne, Autriche, Italie), de l'autre la Triple Entente (France, Angleterre, Russie). Mais si leur identité de vue et d'intérêts ont amené la France et la Russie d'une part, l'Allemagne et l'Autriche d'autre part à conclure des alliances militaires précises, il n'en était pas de même en ce qui concerne l'Angleterre et l'Italie.
 
Arguant du caractère purement défensif de la Triplice, l'Italie semble vouloir garder une attitude de neutralité, au moins au début d'un confli. Il existe d'ailleurs de sérieuses dissensions la séparent de l'Autriche. Quant à l'Angleterre, son pacifisme, son isolement, ses difficultés intérieures (Irlande) et la faiblesse de ses forces militaires, semblent devoir la détourner de prendre part au conflit. L'accord militaire qu'elle conclu avec la France n'est que conditionnel. Il ne prévoit d'ailleurs que l'envoi d'un corps expéditionnaire de 7 divisions composé de six divisions d'infanterie et d'une de cavalerie.
 
La Belgique conserve une attitude de stricte neutralité. Il semble douteux qu'elle oppose autre chose qu'une résistance symbolique à une éventuelle invasion allemande. D'ailleurs elle est en pleine réorganisation militaire et ne peut mettre sur pied que six divisions d'infanterie et une de cavalerie, l'ensemble restant de valeur inégale.
 
Pour la France, seule la Russie est une alliée certaine, mais la guerre de Mandchourie en 1905 a révélé sa faiblesse militaire. En outre la lenteur de sa mobilisation et de sa concentration interdisent de compter sur un appui sérieux de sa part durant les premières semaines d'une guerre. La France ne peut donc principalement compter que sur ses propres forces pour soutenir le choc du gros des forces allemandes.
 
 
Le plan d'opération allemand
 
Le plan appliqué en 1914 par les armées allemandes est l'œuvre du général von Moltke. Il dérive d'un concept stratégique du au général von Schlieffen. La conclusion de l'alliance franco-russe ayant placé les Allemands devant l'éventualité d'une guerre sur deux fronts; il est impératif d'écarter cette menace. Le plan prévoir donc de profiter de la lenteur de la mobilisation et de la concentration russes pour abattre la France en se jetant sur elle avec la quasi-totalité des forces disponibles.
 
Le forcement du système fortifié français édifié par Serré de Rivière derrière la frontière franco-allemande, exigeant des délais importants, les Allemands envisagent un vaste mouvement débordant à travers la Belgique, destiné à enrouler l'armée française et à la rejeter sur le Jura et la Suisse. Leurs forces sont donc   articulées en 2 groupements.
 
Tout d'abord un groupement principal de 5 Armées (le Armée von Klück, Ile Armée von Bülow, Ille Armée von Hausen, IVe Armée Duc de Wurtemberg, Ve Armée Kronprinz impérial.) composé de 59 divisions devra effectuer un vaste mouvement de conversion autour de la position fortifiée de Metz - Thionville,  avant de déferler à travers la Belgique et déborder l'aile gauche française.
 
Le second groupement composé de 2 armées (VIie Armée Kronprinz de Bavière, VIle Armée von Heeringen) sera maintenu en Alsace-Lorraine avec mission de fixer le gros des forces françaises. Au total l'Allemagne lancera contre la France 1.500.000 combattants répartis en 22 corps d'armée d'active et 13 de réserve, soit 70 divisions d'infanterie dont 25 de réserve et 10 divisions de cavalerie
 
 
Le plan d'opérations français
 
Malgré l'infériorité de sa population (40 millions contre 70), la France met en ligne un nombre de combattants à peu près égal en mobilisant les hommes jusqu'à l'âge de 32 ans contre 28 en Allemagne au début du conflit. L'armée française se compose de 21 corps d'armée regroupant 71 divisions d'infanterie, dont 14 de réserve et   10 divisions de cavalerie. Ces forces sont articulées en 5 armées et un corps de cavalerie (1re armée Dubail,   2e armée Castelnau, 3e armée Ruffey, 4e armée de Langle de Cary, 5e armée Lanrezac, corps de cavalerie Sordet).
 
Le plan français qui sera appliqué en 1914 est le plan XVII. Il est l'œuvre du Général Joffre. Comme le plan allemand il est nettement offensif, mais ne pouvant prendre l'initiative d'une action en Belgique. Joffre doit limiter son offensive à la frontière franco-allemande. Il prévoit deux actions principales, de part et d'autre de la place fortifiée de Metz.
 
A droite les 1re et 2e armée doivent déboucher l'une de la tête de pont de Nancy, l'autre de la Meurthe, et marcher en direction générale de Sarrebruck. La conquête préalable de la haute Alsace permettra d'appuyer le dispositif général au Rhin. A gauche, la 5e armée et le corps de cavalerie agiront contre l'aile droite des forces ennemies soit en direction de l'est et de Thionville, soit en direction du nord et du Luxembourg belge, si les forces ennemies pénètrent en Belgique. Au centre la 3e armée assurera la liaison entre les deux actions principales. La 4e Armée restera placée en réserve.
 
L'on a reproché au plan français de ne pas avoir suffisamment tenu compte d'une invasion de la Belgique par les Allemands. En réalité cette invasion est bien prévue mais on estime qu'elle ne dépassera pas le sillon Sambre-Meuse au nord. Cette opinion repose sur différents arguments comme par exemple l'intérêt pour les Allemands de limiter leur violation du territoire belge afin de maintenir Belgique et Angleterre dans la neutralité, mais surtout la répugnance que l'on leur prête à engager leurs corps de réserve dans des opérations actives.
 
Les discussions des dernières lois militaires au Reichstag ont amené à penser que les Allemands, décidés à mener une guerre de mouvement rapide, n'envisagent que l'emploi des corps actifs en première ligne. Dans ce cas ils ne peuvent étendre leur déploiement au delà de la Meuse sans affaiblir leur centre. Cette erreur d'appréciation amène l'Etat-major français à limiter son déploiement stratégique au nord à la région de Mézières. Lorsque Joffre comprendra son erreur, il devra se résigner à une retraite générale pour gagner les délais nécessaires au remaniement de son dispositif.
 
"II faut l'avouer, l'emploi que les Allemands ont fait en Août 1914 de leurs Corps d'Armée de réserve a été une surprise pour nous et cette surprise est à l'origine des erreurs d'appréciation qui ont été commises, en particulier en ce qui concerne l'étendue de leur manœuvre vers le nord.'' écrira Joffre dans ses "Mémoires".


Les forces en présence
 
Les effectifs allemands et français sont sensiblement équivalents au début du conflit. Le corps expéditionnaire anglais (6 divisions d'infanterie et 2 de cavalerie) et l'armée belge (6 divisions d'infanterie et 1 de cavalerie) viendront renforcer l'armée française, mais les forces anglaises n'apparaîtront que le 20 Août dans la région de Maubeuge, quant à l'armée belge, elle se retirera sur Anvers et des forces allemandes réduites suffiront à la fixer. Néanmoins la résistance inattendue de Liège fera gagner quelques jours précieux à la France. Dans l'ensemble les armées françaises supporteront seules le choc initial.
 
Un parallèle entre les armées françaises et allemandes met en valeur différents points. Tout d'abord, des deux côtés la doctrine est nettement offensive, mais les Allemands se sont mieux adaptés que le France aux nécessités nouvelles de la guerre. Ils ont la même dotation en mitrailleuses (6 par régiment) mais ils les emploient tactiquement mieux. Ils également ont mieux assimilé l'importance primordiale du feu et utilisent fréquemment les travaux de campagne. Enfin, alors que le pantalon rouge du fantassin français en fait une véritable cible, l'uniforme gris fer de l'allemand le rend difficilement visible.

En ce qui concerne l'artillerie, il existe une nette supériorité française en artillerie légère, mais celle de l'artillerie lourde allemande est incontestable. La maîtrise des artilleurs français, la valeur du canon de 75 et la qualité supérieure de ses munitions, jointes aux difficultés qu'éprouvera l'artillerie lourde allemande à suivre le rythme rapide des opérations, assureront cependant une efficacité supérieure à l'artillerie française dans la guerre de mouvement du début.  
 
Le moral est élevé des deux côtés. Tous les espoirs, qu'avaient mis certains hommes politiques, dans une opposition de la "Sozial-Démokratie" allemande à une guerre d'agression, se révélèrent faux. Toute la nation allemande se range derrière son empereur. En France l'on n'assiste pas aux manifestations désordonnées qui avaient marqué les débuts de la mobilisation de 1870, mais l'ensemble du pays manifeste une résolution calme. Les prévisions pessimistes de certains dirigeants sont démenties par les événements. L'on avait prévu 13 % de réfractaires, il y en a à peine 1,5 %. Le fameux "Carnet B" (liste des suspects) se révèle inutile. Près de 350.000 volontaires affluent et 3.000 déserteurs du temps de paix vont même rejoindre. En France comme en Allemagne, quand s'ouvre la crise de l'été 1914, l'opinion est unanime.
 
 
La crise de l'été 1914
 
La chronologie de cette crise commence le 28 Juin avec l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc héritier  d'Autriche. Le 23 Juillet l'Autriche envoie un ultimatum à la Serbie puis lui déclare la guerre le 28. Le 29, la Russie mobilise, le 31 l'Allemagne décrète "l'état de danger de guerre", première phase de sa mobilisation. Le 1 Août, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie tandis que la France mobilise. Le 2 l'Allemagne transmet un ultimatum à la Belgique et déclare la guerre à la France le 3. Le 4 l'Allemagne déclare la guerre  à  la  Belgique en réaction à son refus de livrer passage à ses troupes. Enfin, le 5 Août, l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne. La Première Guerre Mondiale commence, elle va durer cinq longues années.



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