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Les progrès de l'armement au 18e sciècle

Le 18e siècle voit s'affirmer la prédominance définitive des armes à feu sur les armes blanches, avec l'adoption du fusil à pierre (1703) et les progrès de l'artillerie lisse (système Vallières en 1732, système Gribeauval en 1774).


Le fusil
 
L'apparition du fusil sur les champs de bataille donne aux armées une puissance de feu bien supérieure à celle du mousquet qu'il remplace. Son arrivée va engendrer une véritable révolution dans la tactique militaire et l'organisation des armées.
    
Le fusil, de l'italien "fucile", ou pierre à silex, apparaît vers 1630 en Italie. La mise à feu par mèche du mousquet est avantageusement remplacée par l'étincelle fournie par une pierre de silex, comme illustré ci-contre. 

Louis XIV et Louvois lui sont longtemps hostiles, car ils s'en méfient. Ils continuent à lui préférer le mousquet à mèche.

Le fusil est finalement adopté définitivement par l'armée française en 1699, soit plusieurs années après les autres grandes armées européennes. Tous les régiments en seront dotés en 1703.
 
1687 est également une étape décisive de l'évolution du fusil car Vauban lui ajoute la baïonnette à douille, faisant de lui une arme à feu pouvant être simultanément une arme de choc. La baïonnette 
remplace avantageusement le coutelas empêchant le tir une fois enfoncé dans le canon.
 
Le fusil va se perfectionner sans cesse au cours du 18e siècle. Le dernier modèle précédant la Révolution, le fusil modèle 1777, fera toutes les guerres de la Révolution, puis, légèrement modifié en 1802, les guerres de l'Empire.
 
Caractéristiques du fusil modèle 1777 :

Arme lisse se chargeant par la bouche et tirant des 
balles sphériques
Calibre : 17,5mm,
Longueur : 1,52m,
Poids : 4,6 kg (4,9 kg avec la baïonnette),
Cadence pratique de tir : 3 coups par minute,
Portée utile : 200 mètres. Au delà, la précision décroît rapidement et à 400 mètres on peut manquer une maison de 4 étages.
 
Le défaut de précision est également du, pour une large part, au recul, à la fumée et à l'irrégularité de la charge de poudre. Le recul est si violent qu'il n'y a pas de tir où on ne voit des hommes saigner du nez. La fumée est si abondante qu'après un tir de quelques minutes, l'horizon du tireur est complètement obscurcie.
 
Après avoir déchiré avec ses dents l'enveloppe contenant la poudre, 
le soldat doit en mettre quelques grains dans le bassinet, afin d'amorcer le tir, puis introduire la cartouche dans le canon. Pour éviter les effets du recul, beaucoup de soldats donnent à l'amorçage une part très large et souvent inégale se traduisant par des différences considérables dans la portée et la précision.
 
Les   ratés   sont  nombreux, de l’ordre d’un sur six ou sept coups par beau temps, beaucoup plus par temps pluvieux.
 
Les conséquences de l’apparition du fusil
 
Malgré toutes ses imperfections le fusil est déjà au 18e siècle "la plus puissante machine de guerre dont l'homme se soit jamais servi", comme le précise Napoléon. Décuplée par l'usage du fusil, la puissance de feu des armées devient prédominente sur leur puissance de choc.

C'est une véritable révolution du champs de bataille, 
tant dans le domaine de la tactique du combat que dans celui de l'organisation de l'armée. Il faudra encore attendre quelques décénies pour voir l'armée tirer tous les avantages de la puyissance de ce nouvel armement. Philippoteaux propose ici un chasseur de 1791 équipé du fusil modèle 1777.
 

Les progrès de l’artillerie lisse
 
L'artillerie prend une place d'importance croissante au sein des armées. Sa puissance de feu et son impact sur les armées adverses sont renforcés par les évolutions techniques et organisationnelles subies par le canon au cours du sciècle. L'armée française, grace aux étapes successives d'évolution de l'artillerie, dispose à la fin du sciècle d'un outil puissant, efficace, et organisé.

Les progrès de l'artillerie lisse au cours du 18e siècle sont marqués par deux étapes majeures, correspondant à l'adoption des systèmes Vallière puis Gribeauval. Ils concernent tout d’abord les bouche à feu et les projectiles, puis l’accroissement de la mobilité.

 
 
Le système Vallières  de 1732
 
Ce système apporte à l'artillerie française l'uniformité des pièces, la codification de leur construction et la réduction des calibres. Mais l'idée directrice consistant à disposer d'un matériel à double fin, pouvant servir comme pièce de siège et de campagne, elle néglige la mobilité tactique. 
 
La construction des affûts, avant-trains et caissons est laissée libre comme par le passé, et seul le matériel de 4, le plus petit calibre, peut être considéré comme un matériel de campagne.
 
 
Les canons légers d’infanterie

 
Pour remédier au manque de mobilité tactique des canons du système Vallières, tous les corps de troupes réclament des pièces plus légères. Le canon de 4 "à la Suédoise" (calibre 84 mm, poids 325 kg, vitesse de tir de 8 à 10 coups pièce-minute si l'on ne pointe pas) est distribué dans les bataillons avant la guerre de 7 ans. Mais peu puissant et mal servi par l'infanterie, il donne des résultats médiocres. La photo ci-contre, prise au musée de l'artillerie de Draguignan, montre un canon de 4 du système Vallière.
 
 
Le matériel de campagne du système Gribeauval de 1774
 
Gribeauval est le premier à apporter à l'artillerie un judicieux équilibre entre la puissance et la mobilité. Les deux principes de base de son système sont l'uniformité absolue du matériel en toutes ses parties, et la séparation des pièces de campagne de celles de siège, place et côte.
 
Les améliorations portent surtout sur l'artillerie de campagne. La portée, la précision et la vitesse de tir sont augmentées, et le poids des bouches à feu est réduit. Enfin l'adoption de l'avant train à contre-appui permet des déplacements faciles en tout terrain. Les affûts, caissons et voitures de service sont strictement réglementés au même titre que les bouches à feu.
 
L'artillerie de campagne du système Gribeauval comprend des canons de 4, 8 (photo ci-dessus provenant du musée de l'artillerie de Draguignan) et 12 pouces tirant des boulets ou des boites à balles, ainsi qu'un obusier de 6 pouces. Les caractéristiques principales de ces matériels peuvent être résumées dans le tableau ci-dessous.
 
Type de la Calibre Poids en kg Bonnes portées (m)
bouche à feu en mm Pièce Voiture canon Voiture caisson Boulet/Bombe Boite à balle
Canon de 12 121 880 2100 1860 800 700
Canon de 8 106 580 1650 1700 800 600
Canon de 4 84 390 1050 1500 600 400
Obusier de 6 165 330 1050 1600 600 /

L'artillerie de campagne du système de Gribeauval est remarquable pour l'époque. Elle présente néanmoins quelques défauts. Le système d'affût à contre-appui rend difficile la traction en très mauvais terrain, notamment dans le franchissement des fossés, ce qui nécessite un usage intensif de la bricole ou de la prolonge sur le champ de bataille. Un autre défaut du système est l'absence de moyen de transport pour les servants. L'artillerie Gribeauval n'est montée. Les servants vont à pied, imposant des déplacements au pas. Ce dessin montre une pièce de 12 en position de transport et son caisson.
 
Telles quelles, les pièces de Gribeauval feront toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire. Ce système est en grande partie responsable de la supériorité de l'artillerie française sur tous les champs de bataille de 1793 à 1814.


 
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