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Le matériel antichar de 47 modèle 1937
 


Historique


Le matériel de 47 modèle 1937 trouve son origine dans une pièce de marine de même qualibre adoptée en 1885. Le canon subit ensuite différentes améliorations pour aboutir à un mécanisme de fonctionnement semi-automatique adopté sur le modèle 1902. La modernisation se poursuit ensuite au sein des ateliers d'APX en réponse à de multiples demandes de l'armée.

Les études d'APX aboutissent à différentes versions de pièces de 47 mm adoptées pour des usages spécifiques, comme le 47 modèle 1934, intégré comme arme antichar dans les fortifications de la ligne Maginot, ou le 47 modèle 1935, destiné à être monté en tourelle de char.

L'APX poursuit également l'étude d'une arme antichar d'infanterie en réponse à un appel d'offre et les premiers essais d'un prototype se déroulent dès 1934. Mais l'adoption du canon Hotchkiss de 25 mm comme arme antichar d'infanterie entraine le transfert du dossier vers l'artillerie, alors en recherche d'une solution mieux adaptée à la lutte contre les blindés que le 75 modèle 1897.

Les essais et développements se poursuivent et le matériel proposé par APX est adopté en 1937. Renforcées par l'efficacité redoutable de la nouvelle munition perforante modèle 1936, les caractéristiques balistiques de la pièce sont exceptionnelles pour l'époque. Le canon est capable de venir à bout de tous les engins blindés existants à plus de 1.000 mètres.

Autres points remarquables, la précision et une cadence de tir élevée font probablement du canon de 47 modèle 1937 la pièce antichar la plus performante de son époque. Avec la nouvelle munition de 47 mm à coiffe d'ogive en magnésium, adoptée en 1936, un tir multiple à 1.600 m est contenu dans un rectangle de 65 cm sur 1,5 m. A 1.000 m, le rectangle ne mesure plus que 41 cm sur 63.

En cours de production, une version bibloc de la bouche à feu est adoptée afin de permettre aux unités de changer sur le terrain le tube du canon, rendu désolidarisable de l'ensemble. Cette opération, nécessaire après 650 tirs environ, ne pouvait s'effectuer précédement que dans les ateliers d'artillerie.

Une équipe de pièce entrainée est capable de mettre en batterie en moins d'une mminute et de tirer vingt coups par minute. La coiffe en aluminium de la munition perforante laisse une trainée blanche  et provoque une vive lueur à l'impact. Ces caractéristiques permettent de visualiser rapidement les éventuelles corrections de tir à apporter.

La pièce supporte une vitesse de traction de 60 km/h sur bonne route et 35 km/h sur terrain varié. En version hippomobile, elle est accrochée à un avant train de canon de 75 adapté et tiré par quatre chevaux.

Dès l'adoption du matériel de 47 modèle 1937, l'armée française, consciente de son efficacité exceptionnelle, décide de maintenir sercrète son existence, afin de ne pas encourager l'Allemagne à renforcer le blindage de ses engins, ce qui rendrait bien moins efficace le canon de 25 alors largement rependu au sein des unités antichars d'infanterie. Cette confidentialité sera d'une telle efficacité que certains officiers français ignoreront jusqu'à son existence en 1940.

A partir du début de 1937, une première série de commandes totalisant 1.214 canons de 47 modèles 1937 est passée, complétée ensuite par d'autres, totalisant 1.646 matériels. L'objectif consiste à mettre sur pied 51 batteries de 12 pièces, devant être affectées aux divisions d'infanterie de série A (armée d'active et première réserve). Les livraisons commencent en janvier 1939 et se poursuivent jusqu'aux derniers jours de la campagne de France, totalisant environ 1.310 matériels fabriqués.

Au fur et à mesure de la livraison des pièces, des batteries divisionnaires antichars de pièces de 47 modèle 1937 (BDAC) sont constituées et remplacent les unités du même type équipées de canons de 75. Elles sont rattachées administrativement aux régiments d'artillerie légère mais leur commandement dépend directement du QG divisionnaire. La majorité des BDAC est hippomobile, en règle générale, celle qui sont motorisées sont affectées aux régiments d'artillerie qui le sont également.

La traction automobile des matériels de 47 modèle 1937 est tout d'abord effectuée par les antiques Citroën-Kégresse P 17 E, réformées et remplacées par les P 107 pour la traction de l'artillerie légère. D'autres tracteurs plus modernes sont en parallèle étudiés pour cette mission et la firme Hotchkiss voit son tracteur W 15 T adopté pour cet usage, après la mise en place d'un équipement spécifique. Mais seuls 75 exemplaires du véhicule auront été livrés avant l'armistice et la majorité des batteries motorisées se contenteront de P 17 E dont la lenteur ne sera pas sans conséquence pendant les combats.

Au 10 mai 1940, l'armée française dispose de 111 BDAC de 47 dont 20 sont motorisées et 10 sont encore mixtes, c'est à dire partiellement équipées de canons de 75. 45 pièces ont en outre été envoyées en Afrique du Nord. Pendant la campagne de France, 48 batteries supplémentaires sont mises sur pied dont 28 motorisées et 11 d'automoteurs (5 par batterie), la pièce étant installée sur un châssis Laffly (W15 TCC).

Au combat, certaines BDAC causent de lourdes pertes aux unités motorisés et blindées allemandes. Quelques pièces bien positionnées et commandées peuvent arrêter la progression d'une colonne pendant plusieurs heures. De taille réduite, le canon se prète facilement à l'embuscade, et sa précision permet bien souvent d'enregistrer un coup au but dès le premier tir. Les batteries d'automoteurs seront d'une redoutable efficacité au feu, mais elles seront trop peu nombreuses et arriveront trop tard pour andiguer l'avance ennemie.

L'efficacité indiscutable du matériel de 47 modèle 1937 est néanmoins gravement handicapée par une traction majoritairement hippomobile, incompatible avec une guerre de mouvements. La méconnaissance des carractéristiques ballistiques de la pièce est aussi la cause d'un emploi parfois contestable. Certaines batteries en retraite, même tractées par des P 17 sont de plus rattrapées et capturées par les colonnes motorisées allemandes.

Impressionnés par les qualités de la pièce, les Allemands la retourne dès que possible contre ses anciens propriétaires. Après la défaite française de 1940, les nombreux matériels de 47 modèle 1937 capturés sont remis en service au sein des armées allemandes et italiennes, comme pièce antichar d'infanterie ou de fortification. L'Allemagne reprend à son compte la fabrication des munitions et la pièce française est toujours en service en 1941 lors de l'invasion de l'URSS.

Il en existe toujours dans les défenses de l'Atlantikwall en juin 1944, et le canon de 47 français reste capable de perforer le blindage frontal d'un Sherman à 1.000 m.

Toutes les photos de cette page ont été prise au musée de l'artillerie de Draguignan, à l'exception de la P17, provenant du musée guerre et paix. Pour approfondir l'histoire de cette pièce, il est possible de consulter mon article sur le sujet dans les GBM 82, 83, 84 et 85.

Mesures générale :
Poids total en batterie : Entre 1.050 et 1.150 kg en fonction du type de roue et du constructeur de l'affut.
Encombrement total en batterie : 3,95 x 3,70 x 1,21 m

Encombrement total en position de route : 4,10 x 1,62 x 1,10 m
Poids de la bouche à feu : 300 kg
Poids des boucliers : 65 kg
Prépondérance de flèches : 109 kg
Diamètre des roues : 0,92 m

Bouche à feu :
Longueur : 50 calibres, 2,35 m (monobloc), 2,393 m (bibloc)
Longeur de la partie rayée : 1,90 m
Rayures : 20, à pas constant, inclinées à droite de 6° et de 0,4 à 0,6 mm de profondeur
Puissance : 3.860 kg au cm²

Caractéristiques balistiques :
Vitesse initiale de la munition : 855 m/s
Portée maximum : 6.500 m
Portée pratique : entre 1.000 et 1.500 m
Perforation de 57 mm à 1.500 m (0° d'incidence)
Perforation de 72 mm à 1.000 m (0° d'incidence)
Perforation de 89 mm à 500 m (0° d'incidence)
Perforation de 106 mm à 100 m (0° d'incidence)

Caractéristiques mécaniques :

Longueur normale du recul à 0° : 0,48 à 0,50 m
Champ de tir en direction : 68°
Champ de tir en hauteur : -13° à +16°30
Rotation par tour de volant : 1,5° en direction et 1,4° en hauteur
Suspension : A roues indépendantes, munies d'amortisseurs hydroliques type Houdaille

Instruments de pointage :
Type de lunette : L 711 puis L 740 puis L 748
Grossissement : x4
Champ : 180 millièmes
Règlage maximum : 3.500 m
Hausse de secours : de 200 à 800 m par graduation de 200 m 

Munitions :
Avec projectile perforant et coiffe d'ogive modèle 1936
Avec projectile explosif modèle 1932 (peu ou pas distribuée aux BDAC)

D'exercice modèle 1938


Sources : Archives SHD

 
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