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La 3e division d'infanterie motorisée en 1940

 
La 3e division d'infanterie motorisée (DIM) est probablement l'une des meilleures grandes unités françaises de la campagne de 1940. Elle va s'illustrer à plusieurs reprises durant la campagne de France, particulièrement à Stonne, ou elle tiendra la Wehrmacht en échec pendant de longues semaines.


La mise sur pied des divisions d’infanteries motorisées

Quelques années avant la Deuxième Guerre mondiale, sept divisions d’infanterie françaises sont transformées en divisions d’infanterie motorisées de type 1. Leur structure reste identique aux autres divisions d’infanterie afin de leur laisser la possibilité d’occuper les mêmes positions sur le front. C’est un premier pas dans la motorisation, et un type 2 plus abouti est prévu ultérieurement. Il ne verra jamais le jour. Les DIM font l’objet d’une attention particulière de la part de l’Etat-major. Des cadres et des matériels de qualité leur sont attribués, et leur entraînement est aussi soigné que possible.
 
A la différence de leurs équivalentes allemandes, les DIM françaises ne possèdent pas organiquement l’ensemble des véhicules nécessaires à leurs déplacements. Si l’artillerie, le groupe de reconnaissance, les services et l’état-major sont entièrement motorisés, l’infanterie et le génie ne sont qu’agencés pour le transport automobile. La Grande Unité reste donc dépendante des unités du train (Services de l’Armée chargés du transport en général) de la Réserve Générale pour se déplacer. Mais cette Arme ne pouvant fournir que des camions incapables d’évoluer en tous-terrains, l’infanterie est trop souvent débarquée loin du front, imposant des marches d’approche difficiles et fatigantes. Ce ne fut pas sans conséquences lors des engagements de la campagne de France.
 
Les DIM sont également handicapées par d’autres éléments. Leurs états-majors, même motorisés, ne disposent d’aucun véhicule tous-terrains de reconnaissance. Le détachement de circulation routière, ainsi que les moyens radios sont très insuffisants pour organiser correctement les déplacements. Enfin, les règles de circulation en vigueur dans l’Armée Française, comme par exemple l’obligation de respecter des distances de 100 mètres entre chaque véhicule, la vitesse maximum de 25 kilomètres par heure, ou encore la circulation de nuit tous feux éteints, limitent énormément la mobilité stratégique, alors que les Allemands roulent en convois serrés, à vitesse normale, et tous feux allumés de nuit.
 
Néanmoins, dans l’ensemble, les DIM sont d’excellentes unités. Elles disposent d’une puissance de feu renforcée, et leurs dotations et entraînements sont supérieurs à ceux des autres divisions d’infanterie françaises. En colonne, elles occupent 80 kilomètres de route. Une DIM de 1940 est normalement constituée d’environ 550 officiers et 15.500 hommes. Sa structure de base théorique comprend principalement :

- Trois régiments d’infanterie à trois bataillons chacun, un régiment représentant à peu près 80 officiers et 3000 soldats,

- Une compagnie antichar (CDAC) de 12 canons antichar de 25 mm rattachée à l’un des régiments d’infanterie,

- Une compagnie de pionniers rattachée à l’un des régiments d’infanterie,

- Deux régiments d’artillerie :
     * Un régiment de trois groupes de 12 canons de 75 mm chacun,
     * Un régiment lourd de deux groupes de 12 canons de 105 mm ou 155 mm chacun.

- Une batterie antichar divisionnaire (BDAC) de 8 canons antichars de 47 mm rattachée à l’un des régiments d’artillerie,

- Un groupe de reconnaissance (GRDI), issu d’une unité de cavalerie :
    * Un groupe d’escadrons de découverte (4 pelotons de 3 A.M.D. et 4 pelotons de 2 groupes de combat chacun),
    * Un groupe d’escadrons de reconnaissance (4 pelotons de 5 A.M.R. et 4 pelotons de fusiliers moto de 2 groupes de combat chacun).
 
Au total, elle possède théoriquement :
- 360 F.M.,
- 150 mitrailleuses,
- 50 mortiers,
- 36 canons de 75,
- 24 canons de 155 (ou 12 de 155 mm et 12 de 105 mm),
- 42 canons antichars,
- 200 chevaux,
- 200 voitures hippomobiles,
- 1550 voitures automobiles
 
 
Les origines de la 3e Division d’Infanterie Motorisée

La 3e DIM est une unité d’active. L’origine de ses effectifs est essentiellement picarde, source de  sa devise « Pique-Hardy ». Elle est complétée à la mobilisation par des soldats de Normandie, d’Artois, des Flandres, des Ardennes et d’Ile de France. Avant la guerre, elle tient garnison à Amiens, et dans les principales villes voisines. Le 51e R.I. ést stationné à Amiens et Beauvais, le 67e R.I. à Soisson et Compiègne, le 91e R.I. à Mézières, Givet et Laon, le 42e R.A. à La Fère et le 242e RAL à Laon.
 
Les régiments d’infanterie la composant sont de vieilles unités au passé glorieux, l’artillerie est issue du fameux 17e Régiment d’artillerie (Régiment de la Fère), s’étant particulièrement illustré pendant le conflit précédent. Quant au Groupe de Reconnaissance, il est formé avec des éléments du 6e groupe d’automitrailleuses de Compiègne, bien connu pour ses exploits sportifs.
 
Son commandement a toujours été confié à des chefs de valeur, comme le général Lamson, spécialiste du transport motorisé des troupes. Celui-ci s’est attaché à souder les différentes unités de la division pour leur donner une cohérence et une confiance rarement atteintes dans les grandes unités françaises de l’époque. Cet esprit de corps en fait une division remarquable et un outil de combat efficace et mordant.
 

Potentiel de la 3e DIM à la veille de la campagne de France

Composée essentiellement de soldats d’active, la 3e DIM, est considérée comme l’une des meilleures unités françaises. En 1940, ses matériels sont modernes, et sa dotation presque complète. Il lui manque néanmoins des mitrailleuses de 20 mm (1 au lieu de 4 par régiment d’infanterie), et la majeure partie de ses mines antichar. Son parc de véhicules laisse également à désirer. Les voitures réquisitionnées sont parfois en mauvais état, et les modèles trop nombreux. Le déficit le plus grave concerne les motos, car il y en a très peu en France, aussi bien civiles que militaires. Cette situation sera en partie rectifiée par l’attribution de petites voitures S.I.M.C.A. La division souffre également des carences de l’Armée Française de l’époque, en particulier en moyens de communication radio, et en défense anti-aérienne, malgré le renfort des pièces de 25 mm de la 702/409e batterie de DCA rattachée à la 3e DIM le 11 mai 1940.


Ordre de bataille de la 3e DIM
 
Commandant de division : Général Bertin-Boussu
 
Quartier général :

- Chef d’Etat-major : lieutenant-colonel Foglierini,
- Commandant de l’infanterie divisionnaire : colonel Buisson puis colonel Lespinasse-Fonsegrive,
- Commandant de l’artillerie divisionnaire : colonel Daine puis colonel Vierne,
- Commandant du Génie : lieutenant-colonel Laval,
- Commandant des Transmissions : capitaine Maurizi,
- Commandant du Train : chef d’escadrons Guinard, puis chef d’escadrons Mauclere,
- Service de santé : médecin colonel Xambeu.
 
Infanterie :     
                                                                      
- 51e régiment d’infanterie (motorisé) : lieutenant-colonel Guy:
     * Ie Bataillon : commandant Thomas
     * IIe Bataillon : commandant Ronsin
     * IIIe Bataillon : commandant Daudré
 
- 67e régiment d’infanterie (motorisé) : colonel Salland puis Lieutenant-colonel Dupret,
     * Ie Bataillon : commandant Pigalle
     * IIe Bataillon : commandant Lerosey puis capitaine Lejeune
     * IIIe Bataillon : commandant Velte puis capitaine Fredet
 
- 91e régiment d’infanterie (motorisé) : colonel Jacques,
     * Ie Bataillon : commandant Lignereux
     * IIe Bataillon : commandant Hanus
     * IIIe Bataillon : commandant Lamperrière
 
- 13e compagnie de pionniers du 51e Régiment d’infanterie (motorisé) : capitaine Billet,
 
- 14e compagnie divisionnaire antichar du 51e Régiment d’infanterie (motorisé), composée de 12 canons de 25 mm : capitaine Seminel.
 
Cavalerie :     
- 6e groupe de reconnaissance de division d’infanterie (motorisé avec automitrailleuses) :
lieutenant-colonel de Langle de Cary puis lieutenant colonel Dufour.
     * E.H.R. : capitaine de Vaugelas puis capitaine Laurens Saint-Martin
     * G.E.D. : chef d’escadrons Gruss puis chef d’escadrons Winsbach
     * G.E.R. : chef d’escadrons Bodelot puis chef d’escadrons Laporte
 
Artillerie :
- 42e régiment d’artillerie divisionnaire tracté (3 Groupes de 75) : colonel Vierne puis lieutenant-colonel Morille,
      * Ie Groupe (1e, 2e et 3e batteries de 75) : commandant Faure
     * IIe Groupe (4e, 5e et 6e batteries de 75) : commandant Muret de Pagnac
     * IIIe Groupe (7e, 8e et 9e batteries de 75) : commandant Maton
 
- 242e régiment d’artillerie lourde divisionnaire tracté : lieutenant-colonel Thomas puis chef d’escadrons Peset,
     * Ve Groupe : (13e, 14e et 15e batteries de 105 c) : Commandant Lunel
     * Vie Groupe (16e, 17e et 18e batteries de 155 c) : Commandant Gérôme
 
- 10e batterie divisionnaire antichar tractée du 42e régiment d’artillerie, composée de 8 cannons de 47 mm : capitaine Dufaure,
 
- 702/409e batterie de DCA (à partir du 11 mai 1940) composée de 6 pièces de 25 mm C.A. modèle 38 : lieutenant Demont,
 
- Parc d’artillerie divisionnaire n°3 : chef d’escadrons Carron :
     * 3e compagnie d’ouvriers d’artillerie,
     * 203e section de munitions automobile,
     * 403e section de munitions automobile.
 
Génie :           
- 3e bataillon de sapeurs mineurs : (le 16 novembre 1939, le bataillon est dissout, les compagnies deviennent autonomes) :
     * 3/1 compagnie de sapeurs mineurs,
     * 3/2 compagnie de sapeurs mineurs.
 
Transmissions :
- 3/81 compagnie télégraphiste,
- 3/82 compagnie radio.
 
Train
- 203/2 compagnie automobile de quartier général,
- 303/2 compagnie automobile de transport.
 
Intendance :
- 3/2 groupe d’exploitation divisionnaire : intendant militaire Lesquoy.
 
Santé :
- 3e groupe sanitaire divisionnaire : Médecin Commandant Vandier.
 

La 3e DIM, de la mobilisation au 10 mai 1940

Composée en majorité de soldats d’active, la mise sur pied de la 3e DIM est rapide. L'immense majorité de ses cadres est conservée et les échelons A et B sont mis sur pied du 28 au 30 août 1939. Initialement affectée en réserve du GQG, la grande unité est transférée aux environs de Ligny-en-Barrois (au Sud-est de Bar-le-Duc) ou elle arrive les 10 et 11 septembre. Elle commence alors une période d’instruction de deux mois et demi.
 
Le 26 novembre, la 3e DIM est mise à disposition du IXe Corps d’Armée (général Laure, 4e Armée du général Réquin) et doit relever la 18e DI (Général Duffet) sur la ligne de front. Les positions occupées (secteur de Morhange, dit secteur H), entre le 3 et le 4 décembre, comprennent les sous-secteurs de Lixing et d’Altrippe (aussi appelé sous-secteur de Leyvillier), soit une longueur d’environ 8 kilomètres, juste en face de Forbach.

La division doit tenir une ligne de positions en avant des ouvrages bétonnés de la ligne Maginot. Cette montée en ligne répond à la volonté du commandement français, souhaitant donner une expérience du front à l'ensemble des grandes unités. Un système de roulement est ainsi mis en place et les divisions françaises alternent entre des périodes d'instruction à l'arrière et l'occupation d'un secteur de front.

A cette occasion, les éléments de forteresse du secteur occupé par la 3e DIM (69e et 82e Régiments d’infanterie de forteresse, 5e Bataillon de mitrailleurs motorisés, 49e Régiment d’artillerie mobile de forteresse, III/166e Régiment d’artillerie de position, ainsi que les 2e et 3e Compagnies du 26e Régiment d’infanterie) lui sont rattachés provisoirement. La divisions reçoit également pendant quelques jours le commandement de quelques R35 du 20e BCC. La position défensive est alors sommaire, et des travaux de fortification sont impératifs.
 
En face de la 3e DIM, se trouve la 258. Infanterie-Division (Generalleutnant Walther Wollmann) et ses Inf. Rgt. 458., 478. et 479. Pour les deux camps, l’hiver est très vif, la température descend parfois à moins trente degrés. Les deux adversaires organisent des patrouilles et lancent des coups de main sur les positions adverses. Les premiers accrochages sérieux ont lieu dans la nuit du 8 au 9 décembre, puis celle du 11 au 12, date à laquelle la 3e DIM enregistre son premier tué, le sous-lieutenant Chevalier. A l'origine des deux actions, les Allemands enregistrent des pertes plus lourdes que les Français.  Pour lancer ses coups de mains sur les positions ennemies, la 3e DIM met sur pied des groupes francs, composés d'hommes en provenance de l’infanterie et du groupe de reconnaissance. Les actions françaises sont efficaces, et peu à peu, les patrouilles ennemies se raréfient.
 
Entre le 20 au 24 janvier 1940, la 3e DIM est relevée par la 29e Division d’infanterie alpine (Général de Division Gérodias). Elle rejoint ensuite la zone de Morhange, Delme et Château-Salins. Plusieurs croix de guerre sont décernées, et le commandement félicite la troupe pour sa tenue face à l’ennemi. Pendant sa pé&riode de combats au front, la 3e DIM accuse la perte de 17 tués et 36 blessés, mais l’expérience a été mise à profit pour parfaire l’entraînement en conditions réelles de combat.
 
A nouveau placée en réserve du GQG le 25 janvier 1940, la 3e DIM fait mouvement du 25 au 30 vers l’ancienne zone de stationnement de la 29e DIA, dans la région de Sermaize-les-Bains, Saint-Dizier et Vitry-le-François. Elle entame une nouvelle période d’instruction qui durera jusqu’à l’attaque allemande du 10 mai 1940. Pendant ces semaines, des changements viennent modifier la composition de la division. Tout d’abord, quelques véhicules neufs sont affectés à l’unité, mais ils sont rares, car la production est en priorité réservée aux éléments français destinés à pénétrer en Belgique, dans le cadre de la manœuvre Dyle. Le 16 avril, l’escadron d’AMD du GRDI est prélevé pour être affecté au corps expéditionnaire français en Scandinavie. Il sera remplacé le 4 mai par un nouvel escadron, équipé du même matériel. Enfin, le 11 mai, la 702/409e Batterie de DCA rejoint la division.
 

Du 10 mai au 14 mai 1940, derniers jours de calme relatif

Le 10 mai 1940, l’ordre d’alerte parvient à la division à 10 heures. Les régiments sont regroupés et se préparent à faire mouvement. La 3e DIM est mise à la disposition de la 2e Armée (Général Huntziger). Le 12 mai, sous les bombardements aériens, débute le mouvement de la grande unité vers ses nouvelles positions, dans la région de Sauville-Sommauthe. Les batteries de la 702/409e Compagnie de DCA y sont les premières à faire le coup de feu. Installés à proximité de la gare principale de la zone de stationnement de la division, à Pargny-sur-Saulx, les canons de 25 mm engagent les avions allemands venus bombarder la zone. Un véritable duel s’engage, et tourne nettement à l’avantage des Français, abattant trois appareils contre un tué et un blessé pour les servants. Les équipages ennemis sont capturés après avoir sauté en parachute.
 
Le 13 mai, les Allemands commencent à franchir la Meuse.  3e DIM, la 3e DCR (général Brocard) et la 5e DLC sont placées sous le commandement du XXIe CA (général Flavigny, initialement en réserve) et l’ensemble reçoit pour mission d’occuper la région de Stonne, en prévision d’une contre-attaque en direction de Sedan, ordonnée pour le lendemain à 11 heures. L’objectif est tout d’abord de colmater le front puis de rejeter les Allemands sur la Meuse. Le GRDI de la 3e DIM se rend au plus vite sur place afin de couvrir l’entrée en ligne de la division.


Du 14 au 26 mai 1940, la bataille de Stonne

Les différents éléments de la 3e DIM arrivent les uns après les autres sur le secteur de Stonne, immédiatement attaqué par des éléments de la 10. Panzerdivision et de L'Infanterie-Regiment Grossdeutschland. Les attaques ennemies répétées empèchent les Français de lancer leur contre-attaque en direction de Sedan et les engagement autour du petit village se succèdent avec une violence extrème. Stonne est perdu et repris à de multiples reprises en quelques jours.



Alors que les divisions ennemies sont régulièrement relevées par d'autres, fraiches, la 3e DIM reste sur ses positions et combat chaque jour sans recevoir de renforts significatifs. Les attaques et contre-attaques se succèdent à un rythme soutenu. La division française s'illustre à de nombreuses reprises, tenant en échec les unités ennemies, engageant des effectifs supérieurs soutenus par une Luftwaffe omniprésente. L'infanterie française leur oppose une défense redoutable et l'artillerie divisionnaire y est particulièrement efficace. Les pertes allemande sont très lourdes mais l'intérêt stratégique de la position est telle qu'une pression permanente y est maintenue par l'ennemi. Certains officiers allemands se souviendront de Stonne comme le Verdun de 1940. Le 26 mai, en fonction des évènements, le secteur de Stonne perd son intérêt stratégique et la 3e DIM est relevée part la 35e DI pour enfin pouvoir être mise au repos.
 

Du 26 mai au 18 juin 1940, les derniers combats

A l’exception de son artillerie, laissée en ligne au profit de la 35e DI, la 3e D.I.M. est placée en réserve. Depuis le début des combats, ses effectifs ont fondu, et l’unité doit être réorganisée. Elle se retire sur une zone proche du front, s’étalant sur les communes de Quatre-Champs, Savigny-sur-Aisne et Olizy-la-Croix, puis, à partir de 3 juin, un peu plus au Sud, dans la région de Challerage, Marcq, Binarville et Montcheutin. La division perçoit de nouvelles armes et des renforts ne couvrant que la moitié des pertes. Ces quelques jours de repos sont aussi mis à profit pour construire une ligne de défense. L’escadron d’AMD du Groupe de reconnaissance est prélevé pour renforcer d’autres unités et ne rejoindra jamais sa division d'origine.
 
Le 7 juin, les forces françaises s’organisent en vue de parer l’attaque allemande prévue dans les jours suivants. Un groupement blindé est constitué (3e DCR et 7e DLM soit environ 150 chars), et la 3e DIM reçoit pour mission d’appuyer et de couvrir ce groupement dans son action. Elle récupère son artillerie, puis fait mouvement vers sa zone de départ dans la région de Monthois. Dès la fin du 8 juin, la 3e DIM est en place. Des liaisons sont établies avec les unités voisines et le Corps de Cavalerie, auquel elle est rattachée.
 
Le jour suivant, l’attaque allemande se précise, et de nombreux avions de la Luftwaffe survolent le secteur. L’action terrestre se déclenche ensuite sur un front tenu par 4 divisions d’infanterie françaises. La résistance est encore une fois tenace, bien soutenue par la contre attaque des éléments blindée . La 3e DIM doit ensuite faire mouvement vers l’Ouest en deux étapes (10 et 11 juin) pour couvrir les arrières de la 3e DCR  Mais l’attaque allemande est très vigoureuse, et oblige l’ensemble des troupes françaises à entamer une retraite de 80 kilomètres de l’Aisne à la Marne. La division commence alors son repli, ainsi qu’une période de mouvements multiples, en alternance avec la mise en place de positions défensives organisées à la hâte. Cette mission est éprouvante pour la troupe, qui ne peut se reposer. Elle enchaîne les marches forcées et les combats de jour comme de nuit.

Le 11 juin, l’infanterie divisionnaire tient le secteur de Leffincourt et Mazagran. Cette dernière position, attaquée peu de temps après, est fermement tenue par le 67e RI. Mais les lignes françaises sont une fois de plus tournées, obligeant les défenseurs à décrocher de quelques kilomètres plus au Sud. L’ennemi laisse dans l’affaire une bonne vingtaine de chars détruits. Les combats se poursuivent et la division parvient à finalement à contenir les Allemands sur une ligne s’étalant entre Sénide et Saint-Pierre-à-Arnes.

Le 12 juin, la 3e D.I.M. recule encore d’une quinzaine de kilomètres vers le Sud (entre Souain et Saint-Hilaire-le-Grand), car la situation de l’aile gauche du corps d’armée ne cesse de s’aggraver. Cette même journée, la Wehrmacht attaque à outrance sur l’ensemble du front, mais la 3e DIM maintient ses positions, même si certaines d’entre elles sont submergées par l'ennemi, disposant d'une supériorité numérique écrasante. Elle est aidée dans cette défense énergique par un bataillon de chars is à sa disposition par la 3e DCR. Le premier groupe du 42e RA est également déployé en position antichar avec succès. La division contre attaque même certains secteurs, regagnant des positions perdues.
 
Malgré cela, il n’existe que très peu de chances de pouvoir tenir longtemps dans ces conditions. La division reçoit donc l’ordre de reculer une nouvelle fois, et tout le corps d’armée va se mettre en position défensive derrière la Marne, qui ne se trouve plus qu’à une vingtaine de kilomètres plus au Sud. Le mouvement est délicat, car certaines unités allemandes sont déjà au contact de la barrière naturelle. Facteur aggravant, le temps tourne à l’orage, transformant la région en bourbier. La 3e DIM, déjà fortement éprouvée, est en partie disloquée dans les entremêlements des différentes divisions en retraite. Cet état est accentué par la destruction de nombreux ponts, obligeant une partie des troupes à bifurquer plein Est, à la recherche d’autres moyens de franchissement.
 
La journée du 13 est entièrement consacrée au regroupement de la division. Même si les régiments d’infanterie gardent le moral, la fatigue se fait durement sentir après les 70 kilomètres de marche forcée, et les combats incessants de ces dernières 48 heures. A cette date, voici une idée des effectifs restants :
51e RI : 500 hommes,
67e RI : 300 hommes,
91e RI : 500 hommes,
6e GRDI : 3 A.M.R. et 5 pelotons motorisés,
42e RA : 2 groupes,
242e RA : 2 groupes.
 
Le repos est de courte durée. Les Allemands ont déjà franchi la Marne à différents endroits et sa défense devient impossible. Les capacités de résistance de la 3e DIM arrivent à leur terme tant l’épuisement des hommes est grand. Pourtant, ils continuent à se battre, et à reculer sur l’Aube. Sur la nouvelle ligne d’arrêt assignée à la division, comprise entre Ramerupt et Viapres, celle-ci sera renforcée par tous les éléments de la 53e Division légère d’infanterie (208e RI, 329e RI, 22e RA). C’est un renfort appréciable, car ces unités sont fraîches et leurs effectifs au complet. Une fois n’est pas coutume, des véhicules sont mis à la disposition de la division pour ce mouvement, mais ces derniers ne remplissent qu'une partie de leur mission car, après le premier trajet, les camions et autocars se replient à vide, laissant le gros de l’infanterie de la division sur place.
 
Le 14 juin, la Wehrmacht poursuit son offensive en direction du Sud-est, vers Besançon. Dans le secteur de l’Aube, une dizaine de divisions françaises durement éprouvées refluent sous les bombardements de l’aviation. Le 15, la Wehrmacht tente de franchir l’Aube, mais l'attaque est fermement repoussée. Le front de la 3e DIM le long de la rivière est solidement tenu mais la situation générale va une fois de plus imposer un repli. La résistance est maintenue jusqu’à 19h30, alors que les forces ennemies se sont considérablement renforcées sur l’autre rive. Un passage en force réussit sur un pont en partie détruit et le débordement qui s’en suit menace d’encerclement toute la défense de l’Aube dans le secteur. Le décrochage de la division est alors rendu périlleux et de nombreuses troupes sont capturées, non sans avoir opposé une farouche et dernière résistance.

Les unités restes de la 3e DIM doivent se regrouper le 16 dans la région de Laignes, et les hommes rejoignent à marche forcée. En fonction de l'avancée allemande, le repli se poursuit le 17 sur Beaune et seules les troupes motorisées disposant encore de carburant sont capable d'éviter l’encerclement. Un à un, les éléments de la division sont capturés, mais quelques isolés arrivent tout de même à franchir les lignes allemandes. Le millier d’hommes restant formera principalement un groupement à Saramon (Gers). Tous les drapeaux régimentaires sont sauvés.
 
La 3e DIM, vaillante, courageuse et efficace jusqu’au bout, a cessé d’exister. Majoritairement, tous les rapports allemands d’époque à son propos ne sont qu’éloquents éloges de sa valeur combative.


 
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