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L’évolution de la tactique de combat
sous Napoléon
 
L'armement restant inchangé pendant toute la période napoléonienne, c'est sous l'influence d'autres facteurs, comme le recrutement, la qualité des cadres, ou l’instruction que la forme du combat va évoluer. En suivant la courbe de la valeur de l'armée napoléonienne, il est possible de distinguer deux périodes principales, avant et après 1908.
 

Avant 1908
 
Du point de vue militaire, il s’agit de la meilleure période. Elle se compose de l'union harmonieuse des trois armes, l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie. Il n'y à pas de schéma général, car Napoléon s'est peu préoccupé de la tactique du combat et laisse sur ce point toute initiative à ses généraux de division. D'une façon générale les grandes unités d'infanterie sont formées sur deux lignes. La première est constituée de  bataillons déployés, couverts par des tirailleurs, comme ces hommes dessinés par Giuseppe Rava,
 issus de l'infanterie légère. La seconde se compose de bataillons en colonne.
 
L'artillerie est en avant, protégée par les tirailleurs, alors qu’en arrière est constituée une forte réserve de cavalerie. L'infanterie reste l’arme principale. Elle mène le combat d'usure et exécute l'attaque décisive. Le combat d'usure est mené par des tirailleurs, fournis en général par les compagnies d'élite des bataillons de grenadiers ou de voltigeurs.
 
Sauliol commente l’action des tirailleurs de la façon suivante : "Pour bien comprendre cette tactique nouvelle, il faut se présenter ces lignes de tirailleurs se moulant sur le contour apparent de l'ennemi, cherchant, sans grande perte pour eux, à désorganiser ses lignes ou ses colonnes par un feu facilement ajusté, reculant, avançant, tournant l'ennemi, en un mot usant les masses de l'ennemi ". Duhesme qualifie cette ligne de tirailleurs de "véritable tunique de Nessus, prenant aux membres l'armée ennemie, la serrant au corps, rongeant la chair jusqu'aux os. On peut dire, que tout le reste de l'armée, soutiens et réserves échelonnées, cavalerie et artillerie, n'avaient d'autre but et d'autre action que de maintenir le contact permanent et intime de ce tissu rongeur avec les œuvres vives de l'armée adverse". Le dessin ci-contre, de Bellangé, illustre les tirailleurs français de Napoléon.
 
Instruite et expérimentée, l'infanterie française est capable d'évolutions d'une souplesse et d'une rapidité extrêmes. Elle passe en quelques instants de la formation en colonne sur route à la formation en ligne déployée. Menacée d'une charge de cavalerie, toujours dangereuse en fonction de la portée réduite du fusil, elle se forme rapidement en carrés de bataillon ou de régiment, avec artillerie aux angles.
 
La cavalerie est utilisée avant les combats pour l'exploration et après pour la poursuite. Au cours de la bataille elle est en général tenue en réserve et n'intervient que pour des actions de choc rapides et brutales. Ces charges de cavalerie ont pour but d'arrêter un mouvement menaçant de l'ennemi ou de briser sa résistance sur le point choisi pour l'attaque décisive.

A la différence des batailles du le 18e siècle, celles-ci se font presque toujours sur des points intérieurs de la ligne de bataille. Elles y sont mieux soutenues par l'action combinée de l’infanterie et de l’artillerie, que si elles agissaient isolément sur une aile de l'ennemi. L'illustration ci-contre, signée Edouard Detaille, montre la prise d'un drapeau prussien par le 4e régiment de dragons en 1806.
 
Mais au fur et à mesure de l’enchainement des campagnes, l'armée de Napoléon s'est usée. Aussi à l'harmonie, va succéder une tendance progressive à la brutalité. L'infanterie n'a plus la valeur du début. Ses évolutions deviennent lentes et difficiles. Une fois leurs troupes déployées, beaucoup de chefs craignant ne plus pouvoir les reformer en colonne ou en carré et ils cèdent à la tendance naturelle de les maintenir toujours massées. On en vient à supprimer la préparation par le feu des tirailleurs.
 

Après 1808
 
En 1808, la réduction du nombre des compagnies d'un bataillon de 9 à 6 pousse également à l'abandon des tirailleurs car 6 compagnies sont un minimum pour former un carré solide et il faut donc garder en main toutes celles du bataillon. A Bautzen, en 1813, on verra un bataillon rester trois jours en carré. Il marchera, combattra et bivouaquera dans cette formation. Le combat de front de l'infanterie perd donc son caractère de lutte d'usure et se résume le plus souvent en une série de coups de boutoir.
 
La cavalerie sera de plus en plus employée en masse au cours de la bataille, engendrant des pertes élevées et bien souvent l'impossibilité de poursuivre l'ennemi en fuite. 
Une formation plus longue de ses troupes et l'insuffisance des ressources en chevaux engendrent peu à peu la raréfaction des régiments. Mais le glas de la cavalerie impérial française sonnera pendant la campagne de Russie, dont elle ne se relèvera jamais. La quasi totalité des régiments et des chevaux y a été perdue. 

Son absence se fera lourdement l’année suivante dans les plaines de Saxe lors de la campagne de Leipzig. Ce dessin, comme celui ci-dessus, est issu de la collection de plaches réalisées par le docteur Lienhart et René Humbert.
 
Dans ces conditions l'importance de l'artillerie dans la bataille devient prépondérante. C'est elle qui va devoir compenser le feu réduit des colonnes d'infanterie, dont les têtes seules peuvent tirer. C'est également à elle qu'incombera presque uniquement la préparation et l'appui de l'attaque. On verra la constitution de grandes batteries, comme à Wagram ou 100 canons de la l'artillerie de la Garde, dont une pièce est illustrée ici par 
Giuseppe Rava, seront utilisées pour combler un trou dans la ligne de bataille française et préparer l'attaque décisive.
 
 
La tactique dépendante des institutions militaires
 
La période napoléonienne voit l'aboutissement de la longue évolution que les progrès de l'armement du 18e siècle avaient imposée aux formes du combat. La perfection semble avoir été atteinte aux alentours des années 1805 - 1807. C'est l'époque des campagnes glorieuses, ou sous la direction du plus grand génie militaire de tous les temps, l'armée française épuise les possibilités que lui offre l'armement de l'époque. Elle est alors invincible. La carte ci-contre montre l'étendue de l'Emire en 1811.
 
Les tâches que s'est imposées Napoléon l'entraînent à exiger de la France une suite d'efforts qu'elle n'a ni la volonté ni la possibilité de soutenir. Après 1808 le génie supérieur de l'Empereur ne manie plus qu'un outil de plus en plus imparfait. L'ennemi, de son coté, apprend de ses défaites. La forme même de la guerre s'en ressent. 

La guerre à changé d'aspect. Elle se déroule maintenant dans toute l'Europe et avec des effectifs de plus en plus importants. Si l'armée impériale est longtemps un outil affuté et redoutable, les infrastructures sociales, économiques, médicales et de communication de l'époque sont encore trop peu développées pour faire face à ses besoins. Des solutions apparaiteront au cours du sciècle à venir, mais la puissance et l'efficacité de l'armement ne cesseront, elles aussi, de progresser.

Napoléon est un excellent stratège et l'armée française fait référence pendant les guerres de l'Empire. L' "école française" telle qu'on l'appelle à l'époque est analysée et les armées enemies s'en inspirent et rattrappent leur retard. Malgré le courage incontestable de bon nombre d'unités françaises, il y aura d'autres Waterloo dans l'Histoire de France. Ce paradoxe est parfaitement illustré par 
Rava Giuseppe en montrant la Garde sous le feu ennemi dans la ville belge.
 
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