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L’armée républicaine pendant la révolution
 
La désorganisation initiale
 
En 1791, avant que la menace extérieure ne se précise, l'assemblée constituante ne s'intéresse que peu aux questions militaires. La plupart des doléances militaires qui lui sont présentées dans les cahiers de revendications se rapportent à la nourriture et à la solde ou à des questions personnelles; il n'est guère question d'une réorganisation de l'armée. Le système de recrutement de l'armée régulière reste inchangé, mais les milices, ou troupes provinciales, sont supprimées en mars 1790 car incompatibles avec la Garde nationale.
 
 
La garde nationale
 
La garde nationale est née d'un mouvement spontané qui, parti de Paris dés 1789, se propage rapidement dans les villes. Un état de juin 1790 mentionne 2.571.000 citoyens inscrits dans les gardes nationales. Mais l'aptitude de ces troupes à faire campagne est dans l'ensemble à peu prés nulle. Le dessin ci-contre réalisé par Antoine Glédel, représente un fusillier de la garde nationale en 1791.
 
Leur armement, obtenu par prélèvements, réquisition ou pillage des dépôts locaux, est insuffisant et hétéroclite. De plus leurs cadres sont élus et, si certains bataillons de garde nationale choisissent les anciens cadres des milices, beaucoup d'autres élisent des éléments dénués de la moindre expérience militaire. La valeur militaire de ces troupes est en conséquence très relative.

Le commandant des trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et du Doubs écrit au ministre de la guerre "le mode de nomination des officiers a produit des effets malheureux et ridicules, les intrigants, les grands parleurs et les grands buveurs l'ayant emporté dans la concurrence".
 
 
L’indiscipline et les désertions
 
La création des gardes nationales a définitivement tari le recrutement par engagement volontaire de l'armée régulière. En outre dans cette armée régulière les actes d'indiscipline, refus d'obéissance, émeutes, révoltes même, se multiplient. En janvier 1790, vingt régiments ont chassé leurs chefs.
 
Le nombre des déserteurs s'accroit sans cesse. Un rapport officiel du 1er mars 1790 admet le nombre de 30.000 déserteurs, bien qu’en réalité il y en ait au moins 35.000. Les hommes ne sont pas les seuls à déserter, les cadres le font également, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur en émigrant.
 
 
L’émigration

Au début de la Révolution les cadres subalternes, issus surtout de la petite noblesse, sont dans l'ensemble favorables au nouvel état de choses. Même la loi de mars 1790, permettant à tous l’accès au rang d'officier, ne soulève pas chez eux d'opposition.
 
Mais en 1790 les atteintes répétées à la personne royale commencent à émouvoir la noblesse. Dés Le début de 1791, les démissions commencent et peu après l'émigration prend de l’ampleur. Le serment de fidélité exigé, dont bientôt le nom du roi est banni, précipite le mouvement en août 1791. L'indiscipline des troupes et l'atmosphère de suspicion dont sont entourés les officiers nobles ne sont pas non plus sans influence.
 
Les chiffres de l’émigration sont peu vérifiables, mais on peut, semble-t-il, admettre que sur 9.500 officiers en service en 1789, 5.000 au moins démissionnent ou émigrent. Il ne restera plus dans l'armée qu'un millier de nobles environ. Les armes les plus touchées sont l'infanterie et la cavalerie. L'artillerie, et le génie qui lui est rattaché, le sont moins en raison du caractère plus démocratique du recrutement de leurs officiers.
 
Pour combler les vides il faut recourir à un avancement considérable. Si certains des nouveaux officiers promus, tels que Hoche, Marceau, Championnet, Jourdan, Oudinot ou Lecourbe, manifestent dès le début de  réelles qualités, la majorité est médiocre et tous les chefs s'en plaignent. De nombreux quartiers-maîtres (officiers comptable) parviennent en quelques mois aux grades de commandant ou de colonel, uniquement en raison des notions d'administration qu'ils possèdent. Quant au cadre d'officiers généraux, il n'existe plus. Les nouveaux venus ne s'affirmeront que plus tard. Un seul général, aventurier de talent, Dumouriez manifestera une réelle valeur.
 
En 1791, quand la menace extérieure se précise, l'armée régulière, alors seule force en état de faire campagne, est profondément atteinte. Les jeunes cadres des volontaires de 1791 fourniront plus de ressources, mais il faudra quelques années avant que les meilleurs d'entre eux ne se révèlent et ne se forment.
 
 
L’enthousiasme et les volontaires de 1791 et 1792
 
Devant la menace extérieure l'assemblée constituante commence à s'émouvoir. Le 11 juin 1791 elle demande au roi de porter l'armée régulière à ses effectifs de guerre, mais cette mesure est impossible à exécuter puisque le recrutement ne donne plus rien.
 
Le 21 juin 1791, à la nouvelle de la fuite du roi à Varenne, la constituante décide la "conscription libre" de gardes nationaux de bonne volonté, à raison d'un homme sur 20. L'effectif prévu, environ 101.000 hommes, doit permettre la mise sur pied de 169 bataillons d'infanterie. Ils seront du même type que ceux de l'armée régulière mais il n'y a pas amalgame. En septembre 1791, 69 de ces bataillons seront prêts, les autres se formeront plus difficilement.
 
"Ces bataillons de première levée sont ce que la France aura de meilleur dans les armées de la révolution. Ils comptent dans leurs rangs une forte proportion d'anciens soldats, de miliciens ou de garde nationaux ayant porté les armes. Leurs cadres sont composés à peu près exclusivement d'anciens militaires, officiers ou soldats, enfin ils ont été organisés régulièrement sans précipitation." Ecrit Colin dans « Les grandes batailles de l'histoire ». Ces hommes de 1791 sont les vrais volontaires de la révolution, ils apportent avec eux l'enthousiasme.
 
 
La réquisition de 1792
 
La guerre est déclarée à l'Autriche le 20 avril 1792. Devant le péril, la législative décrète la réquisition de tous les citoyens en état de porter les armes et ayant fait partie des gardes nationales. Malgré leur nom, ces   "volontaires de 92" ne sont donc déjà plus dans des volontaires pour la plupart d’entre eux.
 
Il n'y a pourtant pas de mesure d'ensemble et ces réquisitions frappent surtout la région Nord-est et Paris même si les commandants d'armées réquisitionnent dans les départements qu'ils traversent. En août 1792 l'Assemblée décrète l'envoi de 30.000 gardes nationaux de Paris et des départements voisins à l'armée d'Alsace. L'œuvre de Léon Cogniet ci-contre en présente le départ.
 
 

L’armée de 1792
                                .-  .
En juin 1792 l'ensemble des armées actives du Nord, de l'Est et du Midi compte 90.000 hommes de l'armée de ligne et 84.000 volontaires nationaux. Les troupes régulières fournissent le tiers de l'infanterie et la totalité des autres armes (cavalerie, artillerie et génie). Ces armées sont organisées en divisions. Si leur armement (fusil modèle 1777 et canons Gribeauval) est excellent, leur valeur est très inégale suivant les armes. L’artillerie, peu touchée par l’émigration est très bonne, l'infanterie est en majorité peu instruite, la cavalerie est désorganisée par l'émigration et les déficits en chevaux.

Le dessin ci-dessus, également signé par 
Antoine Glédel présente quelques exemples de soldats de la Révolution avec, de gauche à droite, un garde-côte, un carabinier, un fantassin de ligne, un sapeur et un artilleur.
 
Le point le plus inquiétant est l'état d'esprit. L'armée régulière est presque en révolte et possède un moral très bas. Les volontaires sont enthousiastes mais, peu confiants dans leurs chefs et peu aguerris, ils sont prompts aux paniques et aux déroutes. Les débuts de la campagne sont malheureux, comme pendant les déroutes de Quiévrain et de Tournai. Le général Dillon est même assassiné par ses troupes. En juillet 1792 la patrie est proclamée en danger, illustrée ici par l’œuvre de Guillaume Guillon dit Lethière.
 
Mais devant l'excès d'indiscipline, l'armée régulière se ressaisit tandis que les volontaires s'aguerrissent. La victoire de Dumouriez à Valmy, le 20 septembre 1792, illustrée ici par par Félix Philippoteaux et montrant le duc de Chartres, est celle de l'organisation et de la discipline. C'est un grand événement politique même si cette bataille ne cause que 300 tués de part et d'autre. La confiance renait et le moral revient. Grâce à l'allant de ses troupes et à sa supériorité numérique (40.000 Français contre 20.000 Autrichiens), Dumouriez envahit la Belgique après sa victoire à Jemmapes, en novembre 1792.
 
 
Causes et conséquences de la lassitude de l’hiver 1792 - 1793
 
Dés le début de l'hiver 60.000 volontaires de 1791 rentrent dans leurs foyers malgré les prières de l'Assemblée. Ils en ont le droit puisqu'ils ne se sont engagés que pour une campagne et peuvent ensuite quitter l'armée après un préavis de deux mois à leur commandant d'unité. Mais le moral des troupes de ligne ainsi abandonnées s'en ressent durement.
 
De plus, l'hiver 1792 - 1793, passé on Belgique et en Rhénanie, est très dur pour les troupes. L'habillement et le ravitaillement sont insuffisants alors que les soldes sont payées en assignats dépréciés. La malhonnêteté de l'administration donne lieu à des dilapidations scandaleuses.
 
Les querelles de politique intérieure se répercutent dans l'armée par une méfiance du gouvernement envers les généraux, surtout s'ils sont victorieux. Il existe un manque total de stabilité dans le haut commandement du printemps 1792 au printemps 1793. Neuf ministres de la guerre se succéderont et l'armée du Nord verra défiler six commandants en chef en 1792 et dix en 1793.
 
L'insuffisance des cadres officiers est manifeste. L'émigration a amené dans l'armée régulière un avancement généralement trop rapide et les jeunes cadres des volontaires ne sont pas encore expérimentés. Comme exemple de l'incohérence à laquelle on aboutissait parfois, citons la loi du 23 février 1793 qui, donnant un tiers des places disponibles à l'ancienneté de service et non l'ancienneté de grade, permit au trompette major Macquart de passer en un jour général de brigade.
 
On comprend alors le découragement parfaitement reflété par la lettre du général de Valence au ministre de la guerre le  25 mars 1793 : "Tous les désordres de l'hiver, tous les dégoûts, le manque d'officiers ont mis dans l'armée une indiscipline qui fait le désespoir de ceux qui aiment leur patrie".
 
Dans ces conditions les revers s'accumulent dés le début de 1793. L'Alsace est envahie après la défaite de Dumouriez à Neerwinden le 18 février 1793. La Belgique est elle aussi perdue peu après. Enfin Dumouriez trahit et passe à l'ennemi. Les Espagnols prennent Perpignan et Bayonne, tandis que la  Vendée se souleve et remporte ses premiers succès. Lyon et Toulon sont en révolte ouverte. La première coalition, regroupant l’Autriche,  l’Espagne et l’Angleterre, s'est nouée contre la France en mars 1793. La situation semble alors désespérée.
 
 
Le comité de salut public et le redressement
 
C'est la gloire de la convention d'avoir fait face à une situation désespérée avec une farouche énergie. Sous le coup de la trahison de Dumouriez, elle crée le « comité de salut public » et lui donne des pouvoirs pratiquement illimités. C'est la 3e section de ce comité, celle de la guerre, qui est chargée de l'organisation de l'armée et de l'élaboration des plans de campagne. Le ministre de la guerre lui est subordonné.
 
En juillet 1793, Carnot, capitaine du génie devenu commissaire aux armées du Nord en 1792, entre au comité de salut public et s'impose. Il s'entoure rapidement d'officiers d'artillerie ou du génie de l'ancienne armée royale. Sous le titre de "délégué à la guerre". Il méritera son surnom d' "organisateur de la victoire".


Les représentants aux armées
 
En avril 1793 la convention décide qu'un certain nombre de ses membres seront détachés en tant que "représentants aux armées" pour "surveiller les actes des généraux, stimuler le zèle des administrateurs et encourager le patriotisme des soldats".
 
Certains représentants aux armées, abusant de leur pouvoir et faisant subir aux chefs militaires le chantage de la guillotine, prennent la direction des opérations sans en assumer la responsabilité. Ils bouleversent par exemple le commandement au moment où l’armée de l'Est s'apprête à défendre les lignes de Wissembourg. Les représentants destituent successivement deux commandants en chef et, au cours même du combat, ils renvoient ou mutent tous les généraux divisionnaires.
 
La guillotine n'est d'ailleurs pas une vaine menace. Custine, pour n'avoir pas voulu prendre l'offensive, Houchard après la bataille indécise de Hondschoote, et Brunet après sa défaite de Reuss dans les Alpes,   montent successivement sur l'échafaud. Kellermann est emprisonné pour avoir porté la majeure partie de ses troupes en Savoie, d'où il chasse les Piémontais, au lieu de pousser le siège de Lyon révolté. Il échappe de peu à une condamnation à mort.
 
Mais d'autres représentants, tels Carnot ou Dubois-Crancé, comprennent mieux leur rôle et se bornent le plus souvent à faire connaître sans délai au pouvoir central les besoins des armées et à pousser l'avancement des   officiers de valeur.
 
Enfin, si par leurs abus de pouvoir et leurs menaces, les représentants empêchent souvent les généraux de prendre la moindre initiative, du moins se montrent-ils partisans fanatiques de l'autorité. Ils forcent à l'énergie des chefs qui auraient pu s'abandonner et contribuent "à donner aux opérations ce caractère d'énergie désespérée qui imposa parfois à un adversaire incertain" comme le précise de Gaulle dans « La France et son armée ».
 
L'influence des représentants aux armées disparaîtra peu à peu sous le directoire, lorsque les généraux se sentiront plus sûrs d'eux-mêmes et lorsque le pouvoir central s'affaiblira.
 
 
La levée en masse
 
Dès février 1793 la convention vote la levée de 300.000 hommes. Mais les résistances sont nombreuses, surtout dans les départements de l'Ouest et du Midi, et seuls 140.000 hommes rejoignent. La "réquisition permanente" de tous les citoyens en état de porter les armes est décrétée en août 1793. Un essai de levée, fait dans les départements du Nord, donne une cohue indescriptible. Le dessin ci-contre toujours d'Antoine Glédel, propose un fusillier de ligne de l'armée de la Révolution. 
 

C'est alors que Carnot propose d' "organiser la fureur populaire" et fait voter le décret du 23 août 1793. Le 1er article, du à la plume de Barère, précise que "Les jeunes gens combattront, les hommes mariés forgeront des armes, les femmes feront les habits et les tentes.... Les enfants mettront le vieux linge en charpie, les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers". Mais la suite du décret comporte des modalités plus précises. Chaque département reçoit du comité l'indication du nombre d'hommes à fournir. A part l'obligation de prendre en premier lieu les célibataires de 20 à 25 ans, on leur laisse le choix des moyens, le plus souvent en recourant au tirage au sort et parfois au vote.
 
Les résistances sont d'abord nombreuses, mais l'énergie des commissaires délégués force à l'obéissance. Ces réquisitionnaires n’ont plus de volontaires que le nom, mais le peuple de France, s'il n'est pas militariste, est guerrier, et les recrues arrivent en général "animées de l'enthousiasme latent, du souci de grandeur qui dominent les esprits de cette extraordinaire époque" comme l’affirme de Gaulle, toujours dans « La France et son armée ». Cet effort considérable porte ses fruits et l'effectif total des armées françaises dépassera le chiffre considérable de 800.000 hommes en 1794.
 

L’organisation et l’amalgame
 
Les volontaires et réquisitionnaires continuent en 1793 à se former en bataillons distincts de ceux de l'armée régulière. Cette existence côte à côte de deux troupes séparées par leur mentalité, leur encadrement et même leur habillement (uniforme bleu des volontaires et blanc des troupes de ligne), n'allait pas sans soulever de multiples difficultés.
 
Déjà en 1792, Narbonne, ministre de la guerre, avait voulu combler le déficit de l'armée régulière avec les volontaires de 1791. Mais tel n'était pas l'avis de l’assemblée : « L'incorporation des gardes nationales dans les troupes de ligne qui nous est proposée, me semble infiniment dangereuse. Je désirerais plutôt une innovation contraire, c'est à dire que tous les soldats de l'armée rentrassent dans la garde nationale » disait un orateur.
 
Lors de la levée en masse de 1793, la convention désire former des unités nouvelles avec les recrues. Mais généraux et représentants aux armées, pour une fois unanimes, refusent d'obtempérer. Ils ne veulent plus de cohue non encadrée. Le général Schérer dans un mémoire au ministre Bouchotte daté du 13 décembre 1793, déclare : "On ne peut se dissimuler qu'un corps n'est réellement en état de servir qu'autant qu'il est pourvu d'un nombre suffisant d'officiers et de sous-officiers capables de l'instruire, de le discipliner et de lui imprimer cet  esprit d'audace, de subordination et d'amour pour le métier sans lequel un bataillon, fut il composé des plus robustes et plus ardents patriotes, ne sera jamais qu'une masse informe, désorganisée, dont les efforts n'agissant pas simultanément et suivant les règles de l'art, ne pourront jamais produire de grands et véritables effets".
 
Entre les demandes des généraux et les désirs des hommes politiques un compromis est réalisé. Un bataillon de l'armée régulière et deux bataillons de recrues se grouperont pour former une demi-brigade. La solde et l'habillement sont uniformisés et la seule différence subsistant concerne la durée de l’engagement. Les troupes régulières servent pour la durée de la guerre et les volontaires pour une campagne seulement. Cet amalgame sera réalise en 1794 et s'achèvera pendant les combats.
 
 
L’organisation de l’artillerie

Au début des guerres de la révolution, l'armement de l'infanterie, principalement le fusil modèle 1777, avait déjà subi les expériences de plusieurs guerres. L'organisation de l’arme, fruit de ses expériences, était donc bien conçue et ne subit pas de changements notables.
 
Il n'en est pas de même de l'artillerie, venant d'être dotée des canons du système Gribeauval encore inemployés en guerre. L'organisation de l’arme va donc évoluer. Au début, son organisation est toujours celle de l'artillerie royale, c'est à dire la séparation en artillerie régimentaire, soit deux canons par bataillon, et en divisions de canons de réserve groupées dans un parc d'armée.
 
Ces divisions de canons de réserve sont servies par des compagnies de canonniers à pied tandis que les attelages et conducteurs sont civils. Le nombre de pièces d'une division, en général de calibres différents, varie de 6 à 8. Comme l'effectif d'une compagnie ne lui permet pas d'assurer le service de plus de 6 pièces, elle est renforcée par des auxiliaires fournis par l'infanterie.
 
En 1792 l’artillerie à cheval apparaît, tout d’abord en nombre d’unités restreint. Elle est principalement destinée à l'appui de la cavalerie. Mais elle possède une telle supériorité de mobilité qu'elle se développe rapidement et arrive à égaler en nombre l'artillerie à pied. L'impossibilité pour une telle artillerie où tous les servants sont à cheval, d'employer des auxiliaires fournis par l'infanterie, amène à ne doter chaque compagnie à cheval que de quatre canons de 8 et de deux obusiers. Cette composition fixée en 1792 ne variera pas. Dès 1793 on assiste à un abandon progressif de l'artillerie régimentaire. Certaines armées de 1793 n'en posséderont jamais.
 
En 1795 l'artillerie comprend donc un nombre à peu près égal de compagnies à cheval servant 6 pièces et de compagnies à pied servant 6 à 8 pièces, même si le nombre des pièces des compagnies à pied tend à se limiter également à 6.
 
 
L’organisation divisionnaire
 
De l'ancien régime, la révolution hérite de la division, regroupant des unités de cavalerie et d’infanterie. En 1795 un nouveau pas est franchi avec l'intégration divisionnaire de l'artillerie de campagne, rendue possible par la mobilité que Gribeauval lui a donnée. La division regroupe alors un effectif de 12 à 15.000 hommes, et comprend en général :
 
2 brigades d'infanterie,
½ brigade d'infanterie légère,
1 brigade de  cavalerie,
2 compagnies d'artillerie, une à pied et l’autre à cheval.
 
 
La mobilisation industrielle

Le recrutement des troupes et l'organisation des armées ne sont pas les seules tâches du comité du salut public. Il lui faut encore armer, équiper et ravitailler les énormes masses d'hommes qu'il a levées. A son entrée au comité, Carnot trouve une situation critique. Si la quantité de canons est bonne, les fusils risquent de manquer. Des 700.000 fusils qui existaient dans les arsenaux royaux, la plupart ont disparu sur les champs de bataille.
 
Carnot procède alors à une véritable mobilisation industrielle et des arsenaux sont créés loin des frontières. Le corps du génie est institué en octobre 1793. Le rôle des autorités locales, d'abord prépondérant, est réduit au profit de la "commission centrale de fabrication des armes et poudres" en février 1794. On assiste également à une véritable réquisition des savants. Monge réorganise la métallurgie et la livraison des projectiles est quintuplée. Berthollet rénove la fabrication des poudres, passant de 3 à 17 millions de livres par an. Chappe organise les transmissions et on verra apparaître une montgolfière sur le champ de bataille de Fleuras. Cette mobilisation des plus hautes autorités scientifiques au service de la défense nationale n'est pas un des phénomènes les moins caractéristiques de la révolution française.
 
En contrepartie, les efforts faits pour habiller et ravitailler les armées ne donnent que des résultats médiocres. La suppression des magasins de vivres par Carnot ne fait que sanctionner un état de fait car les troupes vivent de réquisitions sur le pays et leurs souffrances en hiver sont terribles. Les armées de la Révolution comptent parmi les plus mal habillées des armées de tous les temps. Que des troupes aient continué à se battre dans de telles conditions est un miracle, soulevant souvent l'étonnement et l'admiration des populations conquises.
 
 
La valeur de l’armée en 1794
 
En  réalisant l'amalgame le comité de salut public a créé la première armée nationale française où voisinent jeunes recrues et vieux soldats de métier. Précisons tout d’abord que son armement, composé essentiellement de fusils modèle 1777 et de canons Gribeauval, est remarquable pour l'époque. Les cadres subalternes, issus des anciens sous-officiers de l'armée royale et des volontaires de 1791 et 1792, sont dans l'ensemble peu instruits mais expérimentés et solides. Diverses mesures ont d'ailleurs réduit les abus dans l'avancement. Le journal officieux du comité de salut public "Le sans culotte observateur" déclare le 17 février 1794 : "Il est temps de revenir d'un préjugé nouveau qui a pris la place de l'ancien. On disait autrefois : pour être officier il faut être noble, on dit aujourd'hui, il suffit d'être républicain. Non, républicain avant tout sans doute, mais républicain instruit".
 
Malgré les décrets du pouvoir central, des représentants aux armées réquisitionnent des officiers qu'ils auraient du renvoyer en tant qu'étrangers ou nobles. C'est ainsi que Macdonald et Davout restent dans l'armée. Les cadres supérieurs par contre sont souvent insuffisants et ne s'élèvent pas en général au dessus du niveau d'un bon général de division. Pour un Hoche, un Marceau, un Pichegru, un Jourdan dont l'histoire a conservé les noms, combien d'autres ont été dépassés par leur fonction. Mais ces cadres supérieurs ont deux grandes qualités, la jeunesse et l'allant. En outre en 1794 deux ans de guerre ont permis d'opérer un premier tri.
 

Un extraordinaire moral caractérise principalement la troupe. Son esprit est fait d'élan et de résignation, de courage moqueur et de discipline : "Nous marchions dans une atmosphère lumineuse dont aujourd'hui après 50 ans, je ressens encore la chaleur comme au premier jour." écrira plus tard Marmont. C'est cette armée nationale, instruite par plusieurs années de guerre, qui après avoir sauvé la France de l'invasion, va partir à la conquête de l'Europe.

 
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